Marie Muilu a rendu l’œuvre de Simon Kimbangu impossible à emprisonner

Publié le 5 octobre 2026 à 14 h 58

Simon Kimbangu prêcha durant quelques mois en 1921. Il fut ensuite emprisonné pendant trente ans, à environ deux mille kilomètres de Nkamba. Le régime colonial belge pensait que sans son leader, le mouvement ne durerait pas. C’est sa femme Marie Muilu qui a fait vivre le groupe et permis à l’Église de continuer sans son créateur.

C’est le 6 avril 1921 que Simon Kimbangu va commencer son ministère public à Nkamba. Une cloche retentit dans la localité. D’après les chercheurs, c’est Marie Muilu qui a sonné cette cloche à la demande de Simon. C’est là que commence l’histoire dont elle sera une des gardiennes.

Il commence à prêcher la conversion et reçoit des malades. Beaucoup de personnes viennent l’écouter. Ce qui a rendu son mouvement dangereux pour les autorités belges, c’est que beaucoup de Congolais voyaient un Noir capable de regrouper les gens, les éduquer et soigner les malades. Sans les missionnaires et les colons belges.

C’est en septembre 1921 que les Belges arrêtent Simon Kimbangu. Il sera jugé par un tribunal militaire et condamné à mort. Le roi Albert Ier pardonnera la peine de mort et le condamnera à la prison à vie. Il sera ensuite envoyé à Élisabethville, aujourd’hui Lubumbashi, à l’opposé du Congo.

Cela faisait partie de la punition. Si on l’avait envoyé près de Nkamba, il serait resté proche de sa famille et de ses disciples. À Élisabethville, presque tout le Congo se trouvait entre lui et ses disciples. Il voulait le faire disparaître socialement après l’avoir enfermé.

Simon Kimbangu mourra en prison le 12 octobre 1951. Il aura donc prêché quelques mois et passé trente ans en prison. Pour les Belges, cela semblait logique. Après avoir interdit le mouvement, ils pensaient qu’il n’y aurait plus personne pour le faire vivre.

C’est ce que Marie Muilu va empêcher. Plusieurs auteurs attribuent à Marie Muilu la direction de l’Église pour faire perdurer les enseignements. En communiquant avec son mari emprisonné et les membres de son Église. Ses trois fils ont aussi aidé à faire perdurer le mouvement. Ils seront les dirigeants de l’Église par la suite.

En prenant ce rôle, Marie Muilu ne fait pas seulement honorer son défunt. Elle veut garder vivante la mémoire de son époux. Mais aussi faire vivre cet enseignement. Garder les membres ensemble et préparer des personnes pour prendre la relève.

Quand on fonde quelque chose, il faut quelqu’un qui le fasse. Et quand on veut que cela dure, il faut quelqu’un pour le faire vivre. Simon Kimbangu a commencé ce mouvement en 1921. Marie Muilu a aidé à le faire vivre durant les années d’interdiction.

Le mouvement devait trouver d’autres façons de se faire connaître. Par les familles, les rencontres en cachette, les prières, les chants… Beaucoup de personnes ont commencé à porter la foi kimbanguiste. Cela permet au groupe de vivre dans différentes maisons et endroits. Les Belges peuvent contrôler les rencontres publiques, mais pas tout ce que les croyants font.

Le problème avec cela est que l’enseignement peut être détourné. De nouvelles personnes peuvent vouloir diriger le mouvement ou même changer les règles. Grâce à Marie Muilu, ses fils et d’autres leaders, il y a eu assez de similarités entre chaque groupe pour se retrouver plus tard sous une seule Église.

Avec Simon absent, on a pu voir ce que le pouvoir colonial voulait. Que tout soit centralisé sur sa personne et ainsi le tuer. En l’emprisonnant très loin, il a fallu que d’autres prennent les choses en main. La prison était là pour le détruire, mais a permis à d’autres d’apprendre à faire vivre ce mouvement.

Cela montre aussi pourquoi les historiens ne peuvent pas tout écrire. Les documents sont faits par le pouvoir. C’est eux qui écrivent les procès-verbaux. Il n’y a aucune mention de ce que Marie Muilu a fait pour faire vivre son mouvement.

Le pouvoir avait les moyens. Marie Muilu avait des croyants. Le fonctionnaire pouvait prendre des décisions. Mais elle préparait les prochaines générations.

Marie Muilu mourra le 27 avril 1959. Le 24 décembre de cette même année, l’Église kimbanguiste sera reconnue. Par un décret des Belges. Ils reconnaissaient ce que les croyants avaient déjà fait vivre.

On peut en tirer une leçon pour nos institutions aujourd’hui. Qu’elles soient politiques ou religieuses. Quand tout est tourné autour d’un homme, votre institution ne vivra pas longtemps. Votre popularité peut attirer beaucoup de personnes. Mais si vous ne formez pas vos futurs dirigeants. Si vous ne leur apprenez pas les règles et la mission de votre groupe. Vous n’aurez pas de futur.

Dire que Marie Muilu a fait vivre ce mouvement n’est pas nier que Simon Kimbangu est le fondateur. On essaie de comprendre comment quelques mois de prédication ont pu traverser trente ans de prison. L’absence de Simon Kimbangu nous aide à répondre à cette question.

Les institutions africaines cherchent toujours un homme fort. Mais ce sont les personnes qui feront vivre ces groupes qui comptent. Les Belges pensaient que l’éloignement allait tuer le mouvement. Marie Muilu a permis à d’autres de prendre la relève. La prison peut arrêter un homme. Mais pas une œuvre si quelqu’un prend la relève.

Joël Kamala Mwindo est auteur et essayiste. 

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