Tribune | Joël Kamala Mwindo, auteur, penseur , analyste et fondateur de JKM Éditions, Montréal
Dans les discussions actuelles sur le Moyen-Orient, une confusion historique d’une ampleur considérable s’est installée, une confusion qui consiste à traiter la question de la terre comme si elle était ouverte, comme si les revendications des 2 côtés étaient symétriques, comme si l'histoire avait laissé la question sans réponse, alors que les archives archéologiques, les documents historiques et les sources primaires de plusieurs civilisations convergent vers une réalité que la propagande politique moderne a tenté de recouvrir sans jamais réussir à l'effacer complètement, parce que les faits historiques ont cette propriété remarquable de survivre aux récits qui cherchent à les remplacer.
La présence juive sur cette terre remonte à une antiquité que les fouilles archéologiques documentent avec une précision croissante, parce que les vestiges du royaume d'Israël, du royaume de Juda, du Temple de Salomon, des cités fortifiées de Megiddo, de Hazor et de Guézer, des inscriptions cunéiformes assyriennes qui mentionnent le royaume d'Israël par son nom, des stèles égyptiennes comme celle de Merneptah datée du treizième siècle avant notre ère qui constitue la première mention extrabiblique du peuple d'Israël, de la stèle de Tel Dan qui mentionne la maison de David, constituent un corpus archéologique d'une densité qui rend la présence historique juive sur cette terre l'une des mieux documentées de l'antiquité, bien avant que l'islam n'existe, bien avant que le concept de Palestine arabe n'ait la moindre réalité historique ou politique.
Le nom Palestine lui-même est une invention impériale romaine dont l'histoire mérite d'être racontée avec précision, parce qu'après la destruction du Second Temple en l'an 70 de notre ère et surtout après l'écrasement de la révolte de Bar Kokhba entre 132 et 135 de notre ère, l'empereur Hadrien a pris la décision délibérée et documentée de rebaptiser la province romaine de Judée sous le nom de Syria Palaestina, une dérivation latine du nom des Philistins, un peuple de la mer d'origine égéenne qui avait habité la côte méditerranéenne de cette région plusieurs siècles auparavant et qui avait depuis longtemps disparu en tant qu'entité ethnique distincte, de sorte que le choix de ce nom par Hadrien était un acte politique explicite destiné à effacer le lien identitaire entre le peuple juif et sa terre ancestrale, une tentative d'amnésie géographique imposée par la force impériale, et que nommer ce territoire Palestine aujourd'hui revient donc à utiliser un nom inventé par un colonisateur romain pour nier l'identité du peuple qu'il venait d'expulser.
Les Philistins eux-mêmes méritent une clarification historique fondamentale, parce qu'ils constituent l'un des peuples de la mer documentés dans les sources égyptiennes du douzième siècle avant notre ère, des populations d'origine probablement égéenne ou anatolienne qui se sont installées sur la côte de Canaan dans des cités comme Gaza, Ashkelon, Ashdod, Ekron et Gath, des cités dont l'archéologie révèle une culture matérielle distinctement non sémitique, et que ces Philistins n'ont aucun lien ethnique, linguistique, culturel ou généalogique avec les populations arabes qui habitent la région aujourd'hui, de sorte que le terme Palestine dérivé du nom philistin ne peut servir de fondement à une revendication identitaire arabe que si l'on accepte de confondre délibérément des populations sans aucun rapport entre elles, séparées par plus de deux millénaires et par des origines ethniques radicalement différentes.
Preuve antique de la révolte de Bar Kokhba | Monnaie juive en Bronze de la révolte de Bar Kokhba 134–135 ap. J.-C.
L'histoire politique de cette région révèle une réalité que le défi peut être lancé ouvertement : qu'on nomme une seule époque dans l'histoire où un État palestinien souverain et autonome a existé, avec ses propres institutions, sa propre monnaie, ses propres frontières reconnues et son propre gouvernement, parce que cette époque n'existe pas dans les archives historiques, dans la mesure où la région a été successivement gouvernée par les royaumes cananéens, par le Royaume d'Israël unifié sous Saül, David et Salomon, par les royaumes séparés d'Israël au nord et de Juda au sud, par l'Empire assyrien qui a détruit le Royaume d'Israël en 722 avant notre ère, par l'Empire babylonien qui a détruit Jérusalem en 586 avant notre ère, par l'Empire perse, par l'Empire d'Alexandre le Grand, par les royaumes hellénistiques des Séleucides et des Ptolémées, par le Royaume hasmonéen juif entre 140 et 63 avant notre ère, par l'Empire romain, par l'Empire byzantin, par le Califat arabe à partir de 638 de notre ère, par les Croisés, par les Mamelouks, par l'Empire ottoman pendant quatre siècles jusqu'en 1917, et enfin par le Mandat britannique jusqu'en 1948, et dans cette longue succession de pouvoirs dominants un État palestinien arabe souverain est remarquablement absent, ce qui constitue un fait historique que les archives de chacune de ces civilisations confirment indépendamment les unes des autres.
La présence arabe dans cette région s'est développée à partir de la conquête islamique du septième siècle de notre ère, lorsque les armées du Califat ont défait les Byzantins et étendu leur domination sur une région que les Juifs habitaient depuis des millénaires, dans laquelle une communauté juive avait maintenu une présence continue malgré les conquêtes et les expulsions successives, parce que même après la dispersion romaine une population juive significative est demeurée dans les villes de Tibériade, Safed, Hébron et Jérusalem tout au long de ces siècles, documentée dans les sources arabes, ottomanes et européennes de l'époque, de sorte que l'argument selon lequel les Juifs seraient revenus sur une terre qui ne leur appartenait pas repose sur une falsification de la continuité historique de leur présence dans cette région.
La période ottomane offre des documents d'une clarté particulièrement révélatrice, parce que les registres fiscaux ottomans des seizième et dix-septième siècles décrivent une région largement dépopulée, des terres incultes et marécageuses, des villages abandonnés, une densité de population très faible dans les plaines côtières et dans la vallée de Jezréel, que des voyageurs européens du dix-neuvième siècle comme Mark Twain qui visita la région en 1867 décrivent avec une précision désolante comme un désert de désolation, de collines pelées, de plaines sans arbres et de silence, et que c'est précisément dans ce contexte de terres largement vacantes et incultes que les premiers immigrants juifs sionistes ont commencé à acheter légalement des terres auprès de propriétaires ottomans et arabes à partir des années 1880, des transactions documentées dans les registres fonciers ottomans et dans les archives des organisations sionistes, de sorte que la narratif de la dépossession violente d'une population dense et prospère repose sur une description de la région que les sources primaires de l'époque démentent catégoriquement.
La Déclaration Balfour de 1917 et le Mandat britannique qui a suivi ont reconnu le droit du peuple juif à établir un foyer national dans sa terre ancestrale, une reconnaissance internationale qui s'appuyait précisément sur cette réalité historique documentée, et lorsque le plan de partage de l'ONU de 1947 a proposé de diviser le territoire en un État juif et un État arabe, les représentants juifs ont accepté ce plan tandis que les États arabes l'ont rejeté et ont déclenché une guerre dont l'objectif déclaré était d'empêcher la création de l'État d'Israël, de sorte que la situation de 1948 est le résultat direct d'un refus arabe d'un partage que la communauté internationale avait proposé comme solution équitable, et que présenter Israël comme un État fondé sur le vol revient à ignorer délibérément cette séquence historique que les archives des Nations Unies, des États arabes et des organisations juives de l'époque documentent avec une cohérence que la propagande contemporaine est incapable de réfuter.
Il faut également nommer ce que le mot occupation recouvre dans le contexte contemporain, parce que la Cisjordanie et Gaza ont été sous contrôle jordanien et égyptien respectivement entre 1948 et 1967, des années pendant lesquelles aucun État palestinien n'a été créé, aucune autonomie palestinienne n'a été proclamée, aucune revendication d'autodétermination n'a été formulée par les dirigeants arabes de l'époque, ce qui révèle que la question palestinienne telle qu'elle est formulée aujourd'hui est davantage le produit d'une stratégie politique développée après 1967 que l'expression d'une identité nationale historiquement constituée, et que la Jordanie qui occupait la Cisjordanie et l'Égypte qui contrôlait Gaza pendant vingt ans n'ont jamais été qualifiées de puissances d'occupation par les mêmes voix qui appliquent ce terme à Israël depuis 1967.
L'histoire est une discipline qui exige qu'on suive les faits jusqu'où ils mènent, même lorsqu'ils contredisent les récits dominants, parce qu'une vérité historique ne devient inexacte ni parce qu'elle dérange, ni parce qu'une propagande bien financée la conteste, ni parce que les institutions internationales l'ignorent dans leurs résolutions, et que la terre qui s'appelle aujourd'hui Israël porte dans son sol, dans ses inscriptions, dans ses archives et dans sa continuité humaine le témoignage d'une présence que trois millénaires d'histoire ont documenté avant que le débat contemporain ne prétende la remettre en question.
Canaan était une réalité avant que le mot Palestine n'existe.
Le Royaume d'Israël était une réalité avant que l'islam n'arrive dans cette région.
Et aucune réécriture politique de l'histoire ne peut effacer ce que la terre elle-même continue de révéler à chaque fouille archéologique.
Joël Kamala Mwindo est auteur , penseur , analyste politique et fondateur de JKM Éditions, établi à Montréal. Il explore ces questions dans ses ouvrages disponibles sur www.joelkamala.com
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