MOYEN-ORIENT : CE QUE LE MONDE REFUSE DE VOIR

Publié le 9 avril 2026 à 16 h 48

Article de :

Joël Kamala Mwindo | Auteur, JKM Éditions

 

Le monde traverse en 2026 l'une des crises géopolitiques les plus déterminantes de ce siècle. Les frappes américano-israéliennes sur l'Iran, la dissolution progressive des proxies de Téhéran, les négociations nucléaires avortées, la montée de l'antisémitisme sur les réseaux sociaux et dans certains parlements occidentaux, les hésitations de l'OTAN face à la Russie et à la Chine : tout cela forme un tableau d'ensemble que beaucoup choisissent d'ignorer. Ce texte est une tentative d'y voir clair, avec lucidité et rigueur, à partir d'une conviction simple : la vérité géopolitique se lit dans les faits, et les faits exigent d'être nommés.

Comprendre les actions militaires israéliennes exige de remonter à leur source. Le 7 octobre 2023, 1 200 civils israéliens ont été massacrés par le Hamas en une seule journée, dans une opération planifiée, financée et soutenue par le régime iranien. Ce massacre s'inscrit dans une stratégie cohérente, portée depuis des décennies par Téhéran, dont l'objectif explicite est l'élimination de l'État d'Israël. Israël est la seule démocratie au monde à laquelle on exige de se battre à armes égales contre des organisations dont la charte appelle à son extermination. Le Hezbollah a installé ses arsenaux dans les quartiers civils de Beyrouth depuis 20 ans. Le Hamas a transformé Gaza en base militaire souterraine. Les Houthis au Yémen tirent des missiles sur le territoire israélien depuis des milliers de kilomètres. Derrière chacun de ces fronts, une seule main : celle du régime des Mollahs. Israël agit parce que sa survie l'exige. Un peuple qui combat pour son existence obéit aux lois de la guerre, et cette réalité doit être énoncée clairement avant tout débat sur les moyens et les méthodes.

Le peuple libanais mérite mieux que ce que l'histoire lui a infligé. Ce pays, autrefois appelé la Suisse du Moyen-Orient, a été progressivement dévoré de l'intérieur par le Hezbollah, organisation créée, financée et dirigée par les Gardiens de la Révolution iranienne. Réclamer un cessez-le-feu au Liban en esquivant la question du désarmement du Hezbollah revient à prolonger l'occupation du peuple libanais. Un cessez-le-feu sans désarmement est une pause tactique au service des terroristes, une garantie de la prochaine guerre. L'histoire en apporte la preuve : chaque retrait israélien sans désarmement a produit un Hezbollah plus fort, mieux armé et plus dangereux. La solution crédible pour le Liban commence par la dissolution totale et définitive du Hezbollah en tant qu'organisation militaire, et par la restauration d'une souveraineté libanaise réelle, libérée de la tutelle de Téhéran.

La question de la négociation avec l'Iran est légitime. Un accord encadrant le programme nucléaire iranien, garantissant la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz et mettant fin au financement du terrorisme régional est un objectif diplomatique digne d'être poursuivi. La condition préalable à toute négociation crédible reste cependant fondamentale : avec qui négocie-t-on ? Un régime qui massacre son propre peuple, qui finance simultanément le Hamas, le Hezbollah et les Houthis, qui trompe systématiquement les inspecteurs de l'AIEA et dont le guide suprême appelait publiquement à l'élimination d'Israël demeure un interlocuteur fondamentalement peu fiable. Les négociations de 2025-2026 l'ont confirmé : à chaque avancée, le régime iranien a reculé, temporisé et instrumentalisé les pourparlers pour gagner du temps. Un accord signé avec ce régime, en l'absence d'une transformation profonde de sa nature, reste condamné à l'échec. La vraie question est donc la suivante : faut-il négocier avec ce régime, et à quelles conditions ?

L'Alliance atlantique traverse une crise de légitimité profonde. L'Europe a profité pendant 76 ans du bouclier militaire américain en honorant ses engagements financiers de façon insuffisante. La décision de certains pays membres de refuser l'accès à leurs bases et de fermer leur espace aérien aux opérations américaines révèle une contradiction fondamentale : exiger la protection d'une alliance tout en bloquant ses opérations est une position intenable. La pression exercée par l'administration Trump pour forcer l'Europe à assumer sa propre défense est donc pleinement justifiée. Une alliance fondée sur la réciprocité réelle est la seule architecture stratégique crédible. La réforme radicale de l'OTAN s'impose : l'Europe paie sa part, assume sa défense, et l'Amérique conserve l'architecture d'une alliance indispensable face à l'axe russo-chinois, car un retrait américain de l'OTAN offrirait à Moscou et à Pékin exactement le vide géopolitique qu'ils attendent depuis des décennies.

Sur les réseaux sociaux, dans certains parlements, dans les rues de capitales européennes, une réalité s'impose avec une brutalité que la conscience mondiale doit affronter : l'antisémitisme progresse, plus assumé, plus violent, plus banalisé qu'il l'a été depuis des décennies. Des appels à terminer le travail d'Hitler, des figures juives désignées comme les personnes les plus méprisables du monde, des États qui retirent leur ambassadeur d'Israël pour rouvrir la leur à Téhéran : ce tableau révèle une régression morale profonde que les démocraties ont le devoir de nommer et de combattre. L'antisémitisme est la haine la plus ancienne et la plus meurtrière de l'histoire humaine, celle qui a produit la Shoah, les pogroms et le 7 octobre. Le peuple juif porte le droit d'exister, de se défendre et de vivre en sécurité dans son État souverain. Cette affirmation est absolue.

Face à tout ce qui précède, ma proposition est la suivante. La paix durable au Moyen-Orient repose sur 4 conditions absolues. Premièrement, le changement de régime en Iran et l'instauration d'une démocratie iranienne véritable : le peuple iranien mérite la liberté, et le monde mérite un Iran qui consacre ses ressources à son développement plutôt qu'à l'exportation du terrorisme. Deuxièmement, la dénucléarisation totale de l'Iran : un régime théocratique porteur de la bombe nucléaire constitue une menace existentielle pour l'humanité entière, et un Iran nucléaire devient un Iran intouchable capable d'exporter son idéologie islamiste radicale bien au-delà du Moyen-Orient. Troisièmement, la dissolution totale et définitive du Hezbollah en tant qu'organisation militaire, et la restauration d'une souveraineté libanaise réelle. Quatrièmement, la garantie permanente de la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz, artère économique mondiale dont la sécurisation conditionne la stabilité de 20% du commerce pétrolier mondial.

Ces 4 conditions sont la lecture froide et lucide de ce que l'histoire, les faits et la géopolitique imposent à quiconque désire une paix qui dure. Toute autre approche reporte simplement le prochain conflit.

 

Joël Kamala Mwindo | Auteur, JKM Éditions

 

 

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